Le temps d'une danse par Alexandre
C’est avec une certaine appréhension que j’envisage de revenir à l’Institut Gustave Roussy, la seule et unique fois que je m’y suis rendu c’était pour rendre visite à un ami qui a succombé à la maladie. Ce lieu est donc pour moi, comme pour beaucoup, associé à la douleur. Je suis partagé entre excitation, stress et énergie.
Avec les membres de l’association qui ont pu se libérer cette après-midi de semaine, nous nous retrouvons par petits groupes, pour finalement tous nous retrouver au pied de l’hôpital. Le parking est plein à craquer, me rappelant brusquement l’ampleur du nombre de personnes touchées de près ou de loin par le cancer.
Après avoir traversé le hall d’entrée, nous montons au 9ème étage, au service spécialisé dans le traitement des enfants et des adolescents. L’accueil de la direction est chaleureux, les sourires de ceux qui travaillent ici nous accompagnent le long des murs recouverts de dessins aux couleurs vives. Le programme de l’après-midi nous est présenté, il sera partagé en deux temps, un spectacle d’abord, un goûter ensuite. Tous deux financés par l’association, grâce à une partie des dons reçus cette année. Les deux danseuses qui ont pensé le spectacle travaillent déjà ici : elles viennent chaque semaine pour des séances d’initiation à la danse destinées aux enfants de l’étage. Elles nous parlent avec gaité de leur expérience.
Nous accueillons les enfants et leurs familles à l’entrée de la salle où le spectacle va avoir lieu. Un petit garçon à la démarche chancelante vient de se réveiller. Un mot et il retrouve le sourire et un train plus assuré. Après les arrivées qui s’égrènent le spectacle peut commencer. Des regards circonspects, des moues interrogatives, des éclats de rire : l’interaction s’installe, un moment d’évasion auquel je suis heureux de participer.
Une amie de l’assoce et moi, devons quitter précocement la salle afin d’aller installer le goûter. Les nombreux gâteaux sont alléchants, ils ont été préparés par un pâtissier dont la fille a été patiente du service il y a quelques années. Il y a tissé des liens et a gardé l’habitude de travailler avec l’hôpital pour les évènements qui s’y déroulent. Le dressage de la table et la préparation des sachets de bonbons attirent l’attention des petits et des grands dans cette salle conviviale où les familles se retrouvent pour manger et discuter.
Au terme du spectacle, tout le monde nous rejoint pour un goûter bien mérité. Les adolescents de l’étage et le personnel médical viennent également, attirés par l’effervescence de l’évènement. Selon les aspirations culinaires de chacun, les pas se dirigent vers les différents mets disposés dans l’ensemble de la salle. Des sourires gourmands illuminent la pièce, les sujets de discussion fusent, entre blagues, description du quotidien, imitations d’animaux, projets du service... Je suis impressionné par la dévotion du personnel, le courage des familles et la joie de vivre des enfants.
Dès qu’une personne quitte la pièce elle nous remercie chaleureusement, notre contribution me paraît pourtant si ponctuelle et dérisoire par rapport à toute l’énergie dépensée ici.
A la fin de l’après-midi, une fois la pièce rangée, nous repartons chargés d’émotions.
Admiratifs [un espace en trop] au combien et désireux de revenir rapidement matérialiser l’essence même de l’association : partager un moment, soutenir par nos moyens ceux qui subissent la maladie et ceux qui luttent au quotidien à leurs côtés.